Les portraits de l'ACJ > Portrait #2 - Eric HAZANE#2 Portrait – Eric Hazane – Délégué régional de l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI) pour la Normandie.
Service du Premier ministre créé en 2009 et placé sous l’autorité du Secrétaire général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN), l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI) est l’autorité nationale en matière de cybersécurité et de cyberdéfense en France. Son action se traduit par cinq grandes missions : défendre, connaître, partager, accompagner, réguler. Le modèle français de la cybersécurité repose sur une séparation claire, au sein de l’État, entre les missions défensives et offensives, et l’ANSSI est chargée de coordonner le champ de la protection et de la défense des systèmes d’information, partout sur le territoire national ce qui a conduit la création d’un dispositif de délégués en régions en décembre 2015. Actuellement, chacune des régions de l’Hexagone se voit doter d’un ou deux délégué(e)s avec également un délégué en charge des Outre-mer. La mission que je conduis en Normandie s’articule autour de trois axes prioritaires : - Contribuer à élever le niveau de sécurité numérique des acteurs du territoire, institutionnels (hors services de l’État), économiques ou associatifs, en interaction directe ou via des relais locaux pertinents. - Favoriser une meilleure connaissance des territoires pour penser, proposer et contribuer à une déclinaison locale de la stratégie de l’agence qui soit réfléchie et pertinente sur le terrain.
Il y a tout d’abord un premier enjeu général pour l’ensemble des acteurs qui est de mieux se protéger et d’améliorer leur résilience face aux risques d’origine numérique. Les attaques par rançongiciels restent la menace majeure, touchant particulièrement l’Éducation et la recherche (34 %), les ministères et les collectivités territoriales (24 %), la santé (10 %) et les télécommunications (9 %). Ces attaques perturbent gravement la continuité d’activité et la réputation des organisations. On peut également relever que la Normandie demeure la première région où la part de l’industrie représente bien plus que la moyenne nationale (19,1% vs 11% en 2024). Les menaces qui peuvent peser sur les systèmes de production et de pilotage industriel (SCADA, DCS, …) doivent donc être considérées et traitées à la hauteur des risques qu’elles représentent. Une autre dimension qui souligne le côté holistique des cybermenaces porte sur les attaques via la chaîne d’approvisionnement : les prestataires informatiques et les composants logiciels tiers deviennent des vecteurs privilégiés pour infiltrer les systèmes d’information, même bien protégés. La résilience, enfin, passe par la nécessité de renforcer les CSIRT (centres de réponse à incidents) territoriaux et sectoriels, et d’adopter une approche proactive (détection, sauvegardes testées, plans de réponse à incident) pour limiter l’impact des agressions numériques. En résumé, la vigilance, la mise à jour des systèmes et la collaboration entre acteurs publics et privés sont essentielles pour faire face à une cybermenace de plus en plus industrialisée et massive.
Deux raisons principales m’ont donné l’idée de créer puis d’impulser l’Appel du Cyber Juin dès 2024 : les commémorations pour les 80 ans du Débarquement qui ont fourni l’idée initiale puis la connaissance approfondie de l’écosystème numérique et cyber en Normandie ont permis de concrétiser la manifestation en y associant acteurs publics, associatifs et privés au sein d’une enceinte que nous appelons le « COPIL » (comité de pilotage). Cette initiative partait de l’idée simple qu’une manifestation collective, ayant lieu sur l’ensemble de la région et au cours d’une période bien définie, pouvait rencontrer ses promoteurs, ses architectes et ses publics. L’ACJ a rapidement rencontré ses publics et s’enracine davantage dans le « bocage » normand depuis sa première édition. Pour souligner ou le rappeler, l’ACJ porte une quadruple ambition : - sensibiliser aux risques d'origine cyber, - valoriser l’écosystème normand, notamment les métiers et les formations de la cybersécurité, - partager les idées, les innovations et les retours d'expérience, - attirer de nouveaux talents vers un secteur d’avenir et en pleine expansion. J’observe aussi que le lien avec les événements de la Seconde guerre mondiale, époque tragique puis libératrice dans laquelle la Normandie occupe une place singulière, transmet une résonance particulière qui irrigue la plupart du temps, inconsciemment, l’état d’esprit des acteurs de l’Appel du Cyber Juin. Parler de résilience notamment numérique aujourd’hui peut s’entendre comme un appel à la résistance et à une forme de courage à lutter contre les dépendances numériques d’un côté comme des tentatives de prédation économique et de déstabilisation informationnelle de l’autre !
A tous ces publics, justement ! Nous n’avons pas voulu faire un événement uniquement de professionnels pour des professionnels mais bien une combinaison d’événements différents, comme un restaurant où tout un chacun a la possibilité de choisir son menu à la carte ! Pour illustrer cette diversité, citons par exemple la Cyber Summer School de l’ENSICAEN en 2024 (doctorants), les Rencontres du GDR sécurité informatique en 2025 (chercheurs), le SecNuméco du Havre en 2025 (services de l’Etat et entreprises), la sensibilisation de 900 élèves de CM2 et de 6ème mais aussi d’une centaine de seniors en 2025, les webinaires et ateliers cyber organisés par la Chambre régionale des métiers et de l’artisanat (CMA), le C-Day 2024 puis 2025 cycle de conférences percutantes pour tous les publics, etc.
Qu’il n’y a malheureusement pas besoin d’être une cible pour être une victime et, qu’en réalité, mettre en œuvre un certain nombre de mesures et de comportements simples, autrement appelés « hygiène informatique », assez peu coûteux finalement, doivent permettre de dissuader la plupart des attaquants ! L’Appel du Cyber Juin est là pour le rappeler et l’illustrer très concrètement en soulignant les nombreux bénéfices qu’il y a partager les expériences, les bonnes comme les plus difficiles, et à créer une dynamique d’entraide et de brassage des écosystèmes. |
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